Sound of Jazz

On en parle, on en débat, on l'écoute : le jazz des années 2000. Le blog de Vincent Bessières, journaliste à Jazzman.

29 septembre 2006

La Fontaine, c'est fini

La Fontaine, c'est fini. On a coupé le robinet. La nouvelle laisse abasourdi. La Fontaine, c'est ce petit troquet entre le canal Saint-Martin et la place du Colonel-Fabien, situé à l'angle de la Grange-aux-Belles et de la (si joliement nommée) rue Juliette-Dodu. La Fontaine, c'était là que le "laboratoire de la création" avait pris ses quartiers pour organiser des concerts de jazz avec des musiciens, reconnus ou émergents, à qui était donnée la possibité de jouer plusieurs soirs et de tenter ce que, sinon, ils n'ont que leur local de répétition pour faire : essayer des pièces nouvelles, des associations de personnes, mettre au point un répertoire, provoquer des rencontres. En public. La Fontaine, c'était aussi un lieu alternatif, sans prix d'entrée, où l'on donnait à la fin de chaque set, ce qu'on voulait, ce qu'on pouvait, dans un chapeau qui circulait dans l'assistance. Le procédé était contesté, la méthode décriée par certains, mais elle avait le mérite d'offrir la possibilité au passant, à l'étudiant, au chômeur, au curieux, d'entrer sans payer et d'écouter du jazz (du vrai, du grand, du beau, du vivant) librement, ce que des tarifs prohibitifs ailleurs auraient rendu impossible. On y voyait alors que le jazz est une musique de jeunes. On comprenait mieux comment le jazz avait pu autrefois être une musique de quartier. La Fontaine s'arrête et c'est une communauté de musiciens qui se retrouve orpheline d'un lieu qui la fédérait, et qui avait permis à un nombre impressionnant de jeunes artistes d'émerger, en particulier ces "filles", jazzwomen extraordinaires qui se sont imposées comme des musiciennes à part entière. En mai dernier, Jazzman leur avait consacré un dossier : Sophie Alour, Géraldine Laurent, Amy Gamlen, Julie Saury, Anne Pacéo, Alexandra Grimal et j'en oublie, c'est à La Fontaine qu'elles ont pu se faire connaître, déclencher la curiosité médiatique et, par conséquent, parvenir à intégrer les clubs traditionnels. La Fontaine s'arrête et c'est une connerie. Une voisine se plaint, on envoie la police et, évidemment, la Préfecture impose des travaux de mise au normes qui contraignent à faire cesser la musique. On tue un lieu authentiquement populaire d'échange et de créativité quand ailleurs on claque de l'argent public à de l'événement musical de pacotille, à de l'éphémère improductif. Ironie du sort : dans sa politique de reconquête de l'espace au profit des habitants, la Ville de Paris a dernièrement réaménagé la place qui fait face à La Fontaine, élargi les trottoirs et piétonnisé une partie de la voie. Mais à quoi sert de remanier l'espace public si dans le même temps on éteint les lieux qui font vivre la culture et se retrouver les gens ? Il y a quelques années déjà, et pas bien loin géographiquement, l'Atmosphère, qui avait vu prospérer des groupes comme Thôt de Stéphane Payen et la nébuleuse du Hask, avait dû cesser d'organiser des concerts pour les mêmes raisons. Paris, coquille creuse ? Paris, sans lieu de vie ? Ciao, La Fontaine, et merci pour toute la musique que vous nous avez permis d'entendre. Vous êtes déjà dans l'histoire de notre musique.

A lire le texte de Julien Caumer, sur le site du Laboratoire de la création.

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23 septembre 2006

Magali Souriau

Magali_SouriauRencontrée au festival Jazz sous les pommiers de Coutances en Normandie, Magali Souriau m’a gentiment envoyé le CD des « Birdland Sessions » qui furent enregistrées au cours de différents concerts que son big band donna en 1997-98 dans le fameux club de New York, ville où elle vit depuis plusieurs années. Dans les rangs de ce big band, on retrouve les deux musiciens qui formaient le trio avec lequel elle était venue à Coutances : le saxophoniste ténor Chris Cheek et le contrebassiste Matt Pavolka (lequel avait alors son siège dans la section des trombones). Edité par Koch aux Etats-Unis, ce disque, faute de distribution, était passé inaperçu en France, pays que Magali a quitté pour poursuivre des études à la Berklee, sur les encouragements de Tommy Flanagan en personne, et où elle n’est revenue que très épisodiquement depuis. Les organisateurs de Jazz sous les pommiers s’étaient laissé séduire par « Petite promenade », l’album qu’elle a conçu dans son salon avec ces mêmes musiciens, une sorte de musique de l’innocence et de l’enfance, faites de comptines et de ritournelles sur laquelle planent les influences de Ravel, Monk et Ellington. La grande salle de Coutances, qui tient plus de la halle aux marchands que du théâtre à l’italienne, n’était peut-être pas la plus adaptée à cette musique intime et délicate, tout en couleurs et ellipses mélodiques, qui a laissé le public partagé, entre ceux qu’enthousiasmait la fraîcheur enfantine de ces chansons improvisées comme un jeu de cubes et les autres, rebutés par une si désarmante candeur poétique (elle chantonne tout ce qu'elle joue). Sous les doigts de la pianiste, cependant, c’était un orchestre en miniature qu’on entendait, une pensée d’arrangeur qui depuis le clavier édifiait un univers de musique, à la manière de Duke ou de Mingus seuls face au piano.

L’écoute des « Birdland Sessions » que Magali m’a fait parvenir en souvenir de la conversation que nous avions eue après son concert n’a fait que confirmer les dispositions d’écriture et les talents de compositrice que son approche pianistique laissait abondamment deviner. Autant dire que si ce disque venait à surgir sous votre nez dans un bac d’occasions, il ne faudrait pas le manquer. En attendant la main heureuse, on peut toujours se faire une idée sur les deux titres qu’elle a arrangés à l’occasion du double album anniversaire publié par Fresh Sound pour marquer la deux centième référence de sa collection « New Talent ». La filière jazz du département de la fac du Mirail à Toulouse a eu la bonne idée de l'inviter à faire travailler son répertoire aux étudiants (il accueillera cette année l'arrangeur argentin Guillermo Klein, dont Magali dit qu'il est son "frère" musical), mais quand aura-t-elle l'occasion de faire entendre vraiment sa musique pour orchestre en public dans son pays natal ?

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18 septembre 2006

Studio 5 : La Compile !

logo_france5

Nouveau ! Après les clips quotidiens, « Studio 5 » devient un magazine hebdo !

A partir du 23 septembre, tous les samedis à 22h30 sur France 5, « La Compile Studio 5 » présentée par Aline (Radio Nova) récapitule la semaine de « Studio 5 » : en 30 minutes, rediffusion des cinq séquences musicales du lundi au vendredi agrémentées de quelques anecdotes et d’infos sur l’actualité des musiciens au programme. En invité, l’un des artistes de la semaine sera présent sur le plateau de l’émission.

Pour débuter, le 23 septembre, c’est Edouard Baer, créateur de « Studio 5 », qui sera reçu par Aline. Au programme pour le jazz : Elisabeth Kontomanou en duo avec Jean-Michel Pilc : « The Good Life » (première diffusion le lundi 18).

La semaine suivante, le 30 septembre, c’est le chanteur Joseph d’Anvers qui sera l’invité de « La Compile Studio 5 ». Au programme pour le jazz :  Stéphane Belmondo Quartet, « The Secret Life of Plants » (première diffusion le mardi 26).

Les autres séquences tournées avec Stéphane Belmondo, Elisabeth Kontomanou, Daniel Mille et Julien Lourau feront l’objet de rediffusions tout au long de l’automne et de l’hiver et seront donc elles aussi reprises au programme de « La Compile Studio 5 ». Pour info, elles sont depuis peu visibles en ligne sur le site de l’émission.

C'est donc une rentrée très « Studio 5 » qui s'annonce sur France 5, avec
plus de musique,
plus de visibilité,
toujours du jazz,
un nouveau rendez-vous magazine le week-end,
et plus que jamais le rendez-vous quotidien 100% musique à 16h35 !

Rappel :
Programme court de 3' réalisé en alternance par Antoine Poulet, Nicolas Lartigue et Constance Vargioni, et produit par France 5/Les Productions en Cabine. La série musicale « Studio 5 » continue sur sa lancée en présentant des artistes montants ainsi que des stars qui chantent ici en acoustique. Née du désir de présenter la nouvelle vague de la chanson française – qui s'inspire notamment de Gainsbourg, Ferré, Barbara... – et véritable alternative au clip formaté, qui bloque parfois l'imaginaire, cette formule permet à l'artiste du jour d'interpréter une chanson de son répertoire. « Studio 5 » s’est ouvert au jazz en juin 2006 (programmateur jazz : Vincent Bessières).

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17 septembre 2006

Il bouge encore

Charlie Haden LMO avec Miguel Zenon, Chris Cheek & Tony Malaby à Jazz à La Villette ;
Jacques Schwarz-Bart "Soné ka-la" au Trabendo/Play on the One ;
Christophe Dal Sasso Sextet featuring David El-Malek pour un tribute to Brownie au Sunset ; P1000377
Yvinek "Hip Hop Deconstruction" au Point Ephémère (featuring Benoit Delbecq, Dgiz, Michel Benita, Steve Arguelles, Sylvain Rifflet) ;
Laurent "Barloyd" Courthaliac Plays the Blue Note Years of Thelonious Monk featuring François Théberge au Duc des Lombards ;
Archimusic/Sade Songs (Jean-Rémy Guédon) + Andy Emler MegaOctet + Vintage Orchestra @ Grands Formats ;
Alexandra Grimal avec Nelson Veras, Rémi Vignolo & Dré Pallemaerts à La Fontaine...

Paris, septembre 2006... Qui a dit que le jazz est mort ?

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14 septembre 2006

Metheny / Mehldau

MethenyMehldauNouvelle saison de "Jazz de coeur, jazz de pique", le magazine d'Alex Dutilh sur France Musique (tous les vendredis de 19 à 20h). Pour ma première intervention de chroniqueur cette année (vendredi 15 septembre), je vous ferai découvrir quelques extraits du nouvel album en duo de Pat Metheny et Brad Mehldau (Nonesuch). Rencontre au sommet, entre deux personnalités aux univers très affirmés mais qui se retrouvent grâce à un profond sens mélodique en commun. Nouveau : l'émission reste audible en ligne sur le site de la radio pendant une semaine !

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07 septembre 2006

Manu en marche

marchesManuel Marchès, contrebassiste, gascon dans le ton et dans la voix (il ne m'en tiendra pas rigueur), rugbyphile érudit et musicien pas empressé, a ouvert pendant l'été un blog qui mérite le détour. Enfin un musicien qui prend la parole, on aimerait en lire davantage. En outre, il inaugure lundi soir, le 11 septembre, une résidence de longue haleine à La Fontaine avec une équipe qui, au terme de quatorze semaines d'investigation (oui, quatorze !) ne pourra nous livrer qu'une musique captivante : Maxime Fougères à la guitare, Ricardo Izquierdo aux saxophones et Julien Charlet à la batterie. Ce quartet de base prend le nom de "Less is More" et devrait au fil du temps accueillir divers invités (et il connaît du monde). On suivra le projet avec attention, on le lui promet.

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04 septembre 2006

Pierrick et son rêve

DeepLa parution de ce disque (date de sortie officielle : aujourd'hui) marque assurément une étape dans l’affirmation du talent de ce saxophoniste qui, on ne le sait encore que trop peu, joue de l’alto avec une fougue et une aisance dignes des plus grands (Franck Bergerot trace un joli portrait de lui dans le numéro de Jazzman de ce mois-ci). Enregistré à New York, « Deep in a Dream » fait entendre Pierrick Pedron en compagnie de deux sidemen de choc, le batteur Lewis Nash et le pianiste Mulgrew Miller. Pris par l’aventure, ce dernier joue, en bien des endroits, mieux que sur ses propres disques et, de manière beaucoup plus personnelle que sur le nouvel album de Kenny Garrett (« Beyond the Wall »). Il sera d’ailleurs en tournée avec lui pour quelques dates en France en octobre. Pour Pierrick, le disque est un véritable accomplissement : Stefano Di Battista et Vincent Herring n’ont plus qu’à bien se tenir parce que, quand ils vont l’entendre, ils risquent fort de pâlir. Le label Nocturne a reproduit sur son site le texte que j’ai rédigé, à sa demande, pour présenter l’album. A lire… avant de l’écouter !

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