Sound of Jazz

On en parle, on en débat, on l'écoute : le jazz des années 2000. Le blog de Vincent Bessières, journaliste à Jazzman.

29 novembre 2006

Maison du jazz : posons une nouvelle pierre

MaisonOn enterrait hier au New Morning la Maison du jazz. Drôle d’endroit pour une messe. Porté par une petite équipe, ce projet de créer un lieu dédié au jazz à Paris n’est parvenu à mobiliser ni les édiles, ni le petit monde du jazz qu’au moment où, lassée de ne pas parvenir à se faire entendre autrement que sur un mode convenu ("c’est très intéressant, on vous appellera"), celle-ci a baissé les bras. Le débat qui a réuni différentes personnalités de la profession en préambule aura au moins permis de constater, à défaut de dégager un projet clair, que l’idée a fait son chemin dans les esprits.

Le jazz a besoin d’un lieu tel qu’une Maison du jazz – lieu de conservation, de documentation, d’information, de diffusion, de fédération, de création, d’initiation, etc. – car il fait cruellement défaut. Il n’y a pas en France de centre d’archives dédié au jazz capable accueillir et conserver les legs de collectionneurs et de musiciens, au service des historiens et des chercheurs. Il n’y a pas en France d’espace dédié pour exposer et faire connaître l’histoire de cette musique, valoriser sa richesse, sa diversité et ses échanges avec les autres arts (graphiques, photographiques, chorégraphiques, cinématographiques…). Il n’y a pas en France d’endroit où les hommes du jazz, quel que soit leur métier, puissent se réunir pour débattre, se rencontrer, échanger et faire avancer la cause. Il n’y a pas de lieu qui puisse contribuer, comme pour le théâtre, la danse ou le contemporain, à faire entendre activement les œuvres du passé (le répertoire, au bout d’un siècle, existe), à soutenir l’émergence des talents de demain, à favoriser les rencontres. Il ne s’agit ni de se substituer aux clubs, ni aux écoles, ni aux festivals, mais de combler les manques, par le soutien public, qui empêchent le jazz d’avoir le rayonnement qu’il mérite.

Paradoxe : jamais autant de musiciens, un public rajeuni, une présence légitimée (sur les ondes, dans les salles de concerts classiques), une abondance et une diversité impressionnante. Le jazz est entré dans les mœurs mais ne trouve pas sa place. Le jazz contamine les autres musiques mais sa position reste fragile dans le paysage, à l’image des rayons spécialisés qui, dans les Fnac, voyagent d’une allée à l’autre jusqu’à finir près des issues de secours. Le jazz est méconnu et, usant et abusant de cette méconnaissance, les pouvoirs publics ont beau jeu de l'ignorer, le classique se gardant bien de l'accueillir en son sein, les "musiques actuelles" le regardant de loin avec condescendance. Or, c’est justement parce que le jazz est à la fois musique actuelle et musique classique (comme le dit Antoine Hervé dans le Jazzman de décembre), fait d’invention et de tradition, de patrimoine et de création, qu’il a besoin d’un lieu qui articule son présent et son passé. A ce titre, l’idée de scinder ces deux aspects comme Michel Contat le suggérait publiquement me paraît une fausse route : la grande force du jazz est d’avoir une histoire qui ne s’est pas arrêtée. On ne saurait soutenir son actualité sans préserver sa mémoire, on n’aidera pas à faire admettre sa singularité si on ne valorise pas aussi son passé. Premier pays européen à l’avoir accueilli et adopté, à avoir contribué à le reconnaître et à le légitimer, la France a aussi participé, dès Django Reinhardt, à écrire ses propres chapitres et à faire émerger ses propres musiciens. Comme elle a su le faire pour le cinéma, elle doit aller au bout de cet engagement historique, esthétique et intellectuel, envers une musique dont la force d’expression a irradié tout le siècle. Beaucoup de monde s’émouvait hier que, par une coïncidence qui ne s’invente pas, on inaugurait à la même heure à Paris une maison du hip-hop – en réalité, un "local" mis à disposition d’un asso par la mairie du XIe arrondissement. Le jazz, on ne l’aura que trop compris, n’a pas la même image. Il est temps que ça change.

Alors que faire pour repartir ? Fédérer les forces vives du jazz autour d’un projet qui dépasse les chapelles : un lieu de vie pour le jazz à Paris. Faire entendre l’intérêt du public pour le jazz, sa curiosité, sa soif d’apprendre. Aller voir comment les "autres" ont fait et s'inspirer de leurs modèles : baroque, contemporain, théâtre, danse… les exemples abondent de centres dédiés. Mobiliser des personnalités médiatiques sensibles au jazz pour flatter l'oreille politique. Définir un projet clair, ambitieux, noble, qui soit à la mesure de ce que le jazz a été, continue d’être et sera encore longtemps. Il le mérite.

Posté par sound of jazz à 12:20 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2006

Jackie Mac

mcLeanVendredi 17 novembre, ma chronique dans Jazz de coeur, jazz de pique, sur France Musique sera consacrée au regretté Jackie McLean à la faveur de différentes rééditions récentes de certains de ses albums. L'invité de l'émission d'Alex Dutilh sera le saxophoniste Jean-Charles Richard.

Au programme : une version de Lover Man de 1955 ("Presenting Jackie McLean", Jubilee/Fresh Sound) et Demon's Dance (extrait de l'album éponyme, Blue Note, 1967). Jackie Mac Lives !

Posté par sound of jazz à 09:19 - Jazz de coeur - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 novembre 2006

One for Higgins

J'ai failli ne pas voir le message au milieu du flot de spams qui se déversent tous les matins dans ma boîte aux lettres (j'ai vraiment du mal à me figurer comment on peut s'imaginer que ce primitivisme commercial puisse être profitable). L'expéditeur n'avait pas précisé d'objet dans son message et si son adresse n'avait pas contenu le mot "jazz" en son for intérieur, je l'aurai éliminé aussi sec. Ce courriel, c'était une lettre de remerciements pour avoir acheté... un disque.

dsullivanjazzIl y a quelque temps déjà, j'ai en effet passé commande sur CDBaby, site qui permet aux petits indépendants et aux artistes de vendre leur production en ligne, d'une série d'albums qu'il est, autrement, devenu impossible de se procurer (oui, les "critiques" achètent aussi des disques). Outre le dernier opus de Bill Stewart (en trio avec Kevin Hays et Larry Goldings - eh ouais), outre celui du contrebassiste Eric Revis (Branford Marsalis Quartet), et quelques autres autoproductions du même acabit, j'avais ajouté en dernière minute, surgi des interrogations du catalogue en ligne, un album collectif, "Best of the Summer Nights at Moca" enregistré à Los Angeles sous parrainage du regretté Billy Higgins : une série d'enregistrements en public dans la ville où il avait vécu jusqu'à sa disparition. Les noms de Barry Harris, Harold Land, Charles Lloyd avaient évidemment résonné à mon oreille. On ne dira jamais assez de bien de ce batteur qui incarnait la grâce et la finesse, éclipsé par des confrères plus flamboyants de son vivant, mais qui joua un rôle déterminant dans le jazz des années 1960 (le son de Blue Note, c'est en partie lui).

Dennis Sullivan, qui m'envoie ce message comme il a dû le faire auprès d'autres acheteurs (je ne suis pas dupe), était un proche de Billy Higgins et le producteur de ce CD. Il en profite pour m'en conseiller d'autres, auxquels je prêterai sans doute une oreille. Même si elle n'est pas sans arrière-pensée, je ne peux m'empêcher de percevoir derrière son geste comme une poignée de mains amicale. Un peu comme ces chefs qui vous remercient d'être venus apprécier leur cuisine. Ou ces galeristes qui parlent avec passion des oeuvres qu'ils exposent simplement parce qu'ils ont à coeur de les défendre (je pense à Christian Bramsen, de l'Atelier Clot, qui aime tant parler d'Alechinsky). Cette relation, dont l'industrie du disque a fait fi depuis longtemps, mais qui subsite dans le jazz grâce à quelques producteurs qui veulent encore y croire comme une forme de respect entre celui qui permet à l'oeuvre d'exister et celui qui la fait exister : l'auditeur.

Posté par sound of jazz à 12:42 - Humeur - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 novembre 2006

Steven Bernstein / Sex Mob

sexmobA lire dans le numéro de novembre de Jazzman, largement consacré à John Zorn (interview exclusive - c'est rare ! - et dossier complet) une interview que m'avait accordée le survolté Steven Bernstein, qui s'explique sur le groupe Sex Mob qu'il forme avec Tony Scherr, Briggan Krauss et Kenny Wollesen, une bande de joyeux allumés, des sortes de keupons jazz, avec lesquels il sera en tournée en France.

Posté par sound of jazz à 09:00 - Jazzman - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1