19 décembre 2006
Toi et la nuit et la musique
La soirée organisée en fin d'année à l'Opéra-Comique par la radio TSF sous l'intitulé de You and the Night and the Music (titre d'un standard d'Arthur Schwartz et Howard Dietz) a quelque chose de fondamentalement réjouissant pour l'observateur de la scène du jazz actuel. A chaque édition, comme celle qui se tenait hier soir, la salle fait le plein et le public qui se croise et se bouscule dans les nombreux escaliers, étages et couloirs de ce splendide théâtre parisien, fournit la preuve en chair et en os qu'il n'y a pas d'âge pour écouter du jazz et que cette musique, probablement plus qu'aucune autre (hormis Johnny, peut-être, à considérer que ce soit de la musique) parvient à réunir un public composé de gens vraiment différents. A l'entracte, chacun commente, compare, disserte avec ses mots à lui de ce qu'il a entendu. C'est à la fois touchant, maladroit, sincère et bon enfant. Peu importe, dès lors, que l'affiche de ce concert ne soit qu'un reflet partiel (et partial) des musiciens qui ont marqué l'année. Elle est composée à l'image d'une antenne qui s'est positionnée selon une certaine idée du jazz et la défend quotidiennement. Rassembler plus d'un millier de personnes pour leur faire entendre une douze de groupes français dont les disques sont, pour la quasi-totalité, publiés par des labels indépendants, relève d'une véritable conviction qui, à cette échelle, n'a pas d'équivalent. Si les responsables de chaînes de télé venaient y assister, ils auraient la preuve sous les yeux qu'on peut proposer une soirée de jazz populaire et accessible avec des artistes d'aujourd'hui sans sacrifier l'esprit de divertissement et le spectaculaire auxquels ils tiennent tant (et sans avoir besoin de mettre Patrick Sébastien au milieu). Encore faudrait-il qu'il ait la curiosité de franchir les portes du théâtre... ça n'est pas difficile.
15 décembre 2006
Collège "Jazz contemporain"
A partir du 8 février 2007, j'animerai en alternance avec Franck Bergerot (rédacteur en chef adjoint de Jazzman, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le jazz), un collège à la Cité de la musique à Paris sur le thème du Jazz contemporain. En 15 séances, nous essaierons, avec notre point de vue d'observateurs de la scène actuelle, de parcourir ce vaste champ de musique pour en délimiter les tendances, les familles, les enjeux esthétiques et tenter de répondre à cette question passionnante : où en est le jazz ? Le programme est disponible en ligne, le tarif est de 70 euros pour assister à l'ensemble. Il reste encore quelques possibilités d'inscription.
12 décembre 2006
Jazz Icons à la radio

J'ai déjà eu l'occasion (ici même et dans Jazzman) de vanter le caractère exceptionnel de cette collection de DVD qui, sous l'intitulé de "Jazz Icons" (pour une fois pas usurpé), met en circulation des films de télévision mettant en scène des grands du jazz. Une fois n'est pas coutume, je passerai des extraits de deux de ces DVD... à la radio ! Dans Jazz de coeur, jazz de pique, vendredi prochain (le 15), vous pourrez entendre Ella Fitzgerald (en 1957) et Art Blakey et les Jazz Messengers (en 1958) et imaginer, rien qu'à l'oreille, le plaisir qu'on peut prendre à regarder ces images. (L'invité de l'émission est Antoine Hervé.)
06 décembre 2006
Björk, post scriptum
Parmi les musiciens que j'avais sollicités au moment de la préparation de mon article sur les jazzmen qui reprennent les chansons de Björk (voir plus bas) figurait Seamus Blake auteur d'une très jolie reprise de The Modern Things, avec Kevin Hays et le Sangha Quartet. Trois mois après que je lui ai écrit (!), Seamus m'a finalement envoyé ces quelques mots que je ne résiste pas au plaisir de citer ici :
Vincent,
hell yeah i love bjork.
simple yet powerful. melodic and quirky.
she is cool as hell.
s
Merci Seamus, mieux vaut tard que jamais !
PS: Seamus n'a toujours pas de site web mais il est sur MySpace et, décidément, dissimule de moins en moins son atttirance pour la pop !
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19/12 : Je rajouterai que, depuis la parution de l'article dans Jazzman, trois versions supplémentaires de reprises de chansons de Björk par des jazzmen ont été portées à ma connaissance, confirmant la tendance :
Where Is the Line par le duo Heinz Sauer/Michael Wollny sur l'album "Certain Beauty" (Act)
New World par le trio Minsarah sur l'album du même nom (Enja)
107 Steps par le guitariste David Doruzka (à découvrir !) sur son album "Hidden Path".
02 décembre 2006
Ascenseur pour l'échafaud
La chronique qu’a signée Michel Contat dans Télérama la semaine dernière à propos de l’album de Médéric Collignon a provoqué une vague d’indignation dans le monde du jazz comme rarement il s’en produit. Rappelons les faits : Médéric publie sur le label Minium une sorte de remake de « Porgy and Bess » decalqué de la version de Miles Davis et Gil Evans, transposant les arrangements pour grand orchestre à l’échelle de son quintette en ayant recours abondant au synthétiseur et aux techniques d’enregistrement multiple. Son groupe s’appelle Jus de bocse, sorte de compression verbale de juke-box et jus de boxe : les sons qu’on a dans la tête et la sueur du boxeur, les 45 tours d’antan et le poing dans la gueule, les vinyles qu’on chérit et l'image du sang qui gicle sous les applaudissements. Miles aimait la boxe, il en aimait le rythme, le sautillement, la gestuelle aux accélérations précises et fugaces, l’impact du coup qui fait mouche, la théâtralité des combats aussi, on imagine. Je ne sais pas si Médéric aime la boxe, je sais qu’il aime Miles Davis (mais pas que) à la folie. Son idée de refaire un disque comme on refait un film est une idée dans l’air du temps : comme au cinéma (art qui a peu ou prou le même âge), le jazz aime relire ses classiques. Médéric, dans sa déraison amoureuse pour la musique de Miles, repart de Miles, édifie pièce par pièce le chef-d’œuvre, introduit (un peu) de sa démesure, chante, souffle, gémit, transpire, à recomposer la plénitude des arrangements de Gil Evans et pose sur cet échafaudage, des solos qui convoquent le spectre de Miles. La vie de Médéric (écoutez-le parler, lisez ce remarquable texte que lui a consacré l'écrivain François Bon) est une angoisse de la mort transmuée en musique.
Il y a mille raisons de ne pas aimer ce disque et de ne pas aimer Médéric Collignon. L’un comme l’autre dérangent parce qu’ils ne sont pas ce qu’on s’attendrait qu’ils soient. Ce disque est sage quand on le croirait déluré ; ce musicien n’est pas l’agité du bocal qu’il laisse croire (Claude Barthélemy aime à dire que, dans son second ONJ, c’était l’un des musiciens qu’il n’arrivait pas à pousser à bout – alors qu’on a l’impression qu’une étincelle suffirait à le dynamiter). Il sait soigneusement ce qu’il fait, sous les apparences d’un histrion hyperactif. « Médo », comme on l’appelle, provoque les mêmes incompréhensions, les mêmes fantasmes, les mêmes railleries, chez ceux qui l’écoutent que Rimbaud, enfant comme lui de Charleville-Mézières. On ne le croit pas capable d’être ce qu’il est. On réduit ses ambitions à de l’arrogance.
Revenons à Contat. Ce qui choque unanimement musiciens, journalistes et programmateurs dans son texte (y compris des personnes qui n’ont aucun attachement affectif pour Médéric), ne tient pas aux réserves formulées sur l’album (son idée directrice, son parti pris, sa relative conformation à l’original qui peut surprendre de la part d’un musicien qui s’est fait remarquer comme l’enfant turbulent de nombreux orchestres) mais bien à la démolition en règle de ses compétences d’instrumentiste et d’interprète. Avec une froideur qui relève du sadisme, une minutie trop exercée pour relever d’un coup de colère : il n’a pas de lèvres, il n’a pas la carrure, il n’a pas la technique (je résume). C’est tellement mauvais que je le crucifie (je symbolise). Et ceux qui le distinguent sont des incompétents (l’académie Charles-Cros égratignée au passage). Le crime est prémédité, il tient du châtiment. Pour quelles raisons dézinguer en plein vol un musicien au moment où il a une chance de se faire connaître ? A-t-on besoin de ça ? D’autant plus quand ce même musicien a été plébiscité par d’autres de l’importance d’Andy Emler, Louis Sclavis, Denis Badault, Claude Barthélemy, et j’en passe. Seraient-ils sourds ?
Michel Contat, lui, pèse lourd. Télérama et ses centaines de milliers de lecteurs en font le critique le plus puissant, dont les avis conditionnent à la fois une partie du marché du disque mais aussi l’opinion des responsables de programmation pour qui l’hebdomadaire fait office de bible. Ce qui en fait un personnage courtisé et honni. Michel Contat ne l’ignore pas. Lorsqu’il cloue au pilori Médéric Collignon, il sait ce qu’il fait. Michel Contat est un homme posé, à la parole mesurée, aux manières délicates. Ni un pamphlétaire, ni un méchant. Cela ne fait que renforcer l’injustice de sa chronique et l’impression qu’elle est sous-tendue par un règlement de comptes qui ne veut pas se dire. Ce n’est pas à son honneur, comme ce n’est pas à l’honneur de Télérama d’avoir laissé paraître cette chronique haineuse qui ne sert personne. Si ce n’est à faire parler de soi.
01 décembre 2006
Hervé/Malaby

Dans Jazzman ce mois-ci, je vous invite à lire, outre le dossier consacré à Weather Report qui fait la une, mes contributions : une abondante interview du compositeur et pianiste Antoine Hervé ainsi que le portrait du saxophoniste américain Tony Malaby, deux musiciens qui ont marqué l'année 2006 et qui n'aiment pas leur coupe de cheveux.
