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Hier soir, New Morning : le quartet de Roy Haynes. Salle remplie mais pas à ras-bord. Public de tous les âges, public sans âge. Pourquoi Roy Haynes joue-t-il au New Morning et non à la Cité de la musique, à la salle Pleyel, au Châtelet ou à Banlieues bleues ? Cela fait partie de ces questions qui laissent pensifs. Roy Haynes, « le dernier en activité d’une grande lignée comme Kenny Clarke, Max Roach ou Art Blakey » souligne Libération qui aurait pu rajouter le nom d’Elvin Jones aux côtés de ces vulcains désormais éteints, Roy Haynes est un monument historique. A minuit, il aura 82 ans, il l’annonce à son entrée sur scène. Mais dès qu’il est assis derrière la batterie, plus personne ne croit à son âge. Lui-même non plus, d’ailleurs : « Merde ! Quand j’avais dix-huit ans, j’aurais jamais pensé que j’arriverais jusqu’à mes 80 ans. » Il le dit, mi-amusé, mi-perplexe, comme s’il y avait quelque chose qui clochait. A ceux qui contestent l’anniversaire qu’il annonce, il répondra qu’il n’est pas né en 1926 comme le disent les dictionnaires mais un an plus tôt : « A l’époque, on se rajeunissait. « On », c’était Miles, Max… » Coup de vieux. Le nom de Roy Haynes a traversé l’histoire mais il ne joue pas les vétérans. Les musiciens qui l’accompagnent pourraient être ses petits-enfants : un Noir, un latino, un asiatique. On n’est plus à l’heure de l’hégémonie des « young lions ». Roy Haynes les appelle sa « Foutain of Youth », sa fontaine de jouvence, mais dans l’affaire, c’est lui qui est le plus jeune, le plus exalté, le plus joyeux. Sa caisse claire crépite sur des arrangements très actuels de Monk ou de Bird. La modernité de son jeu ne souffre aucune faiblesse, aucune retenue. Ce groupe-là (avec l’ancien contrebassiste, John Sullivan) a sorti un second disque aux Etats-Unis voici plusieurs mois déjà. Sur un label français, Dreyfus, qui ne l’a toujours pas commercialisé en Europe. Bizarre, pour le moins. Vers la fin du concert, Roy Hargrove (qui jouait samedi avec son RH Factor à Banlieues bleues, lui…) est venu faire le bœuf. Lui qui a tenu, dès ses débuts, à côtoyer les anciens, ne manque pas une occasion de rendre hommage à ceux qui ont écrit l’histoire du jazz. On saurait gré à plus d’un de s’en inspirer.